Pour tout savoir sur de diabète de type 2

De la rareté à l'abondance.

Les rares produits sucrés étaient autrefois considérés comme une friandise de luxe. L'homme moderne en a fait des produits abondants et bon marché...pour son malheur !

Pour tout savoir.

 

L'antiquité.

 

La canne à sucre provient probablement des îles du Pacifique. On en trouve la trace dans la chine antique, il y a plus de 3000 ans, puis au Bengale où les habitants sont les premiers à en presser les tiges pour en extraire une épaisse bouillie à chaud. En se refroidissant, des cristaux se formaient dans la bouillie : Il s'agit des premiers cristaux de sucre appelés en Inde "sarkara" qui veut dire "grain". L'utilisation de ce "sarkara" se répand dans les bassins du gange et de l'Indus. L'Extrême-Orient et l'Inde ont donc consommé du sucre plus de 2000 ans avant l'Occident. Mais cette consommation restera limitée car il s'agissait d'un produit de luxe et donc chère.

Il faut attendre l'expédition du roi perse Darius Ier dans les vallées de l'Indus (fleuve pakistanais) au 6ème siècle avant JC pour que les perses découvrent ce qu'ils appellent "le roseau qui donne du miel sans le concours des abeilles" et le ramène dans leur pays.

Plus tard, Alexandre le grand au 4 ème siècle avant JC remarque la canne à sucre en Perse comme le signale son amiral Niarchos. On en trouve également mention chez le poète latin Lucain et chez Pline l'Ancien au 1er siècle après JC. Ce dernier l'évoque ainsi : " C'est le miel recueilli sur des roseaux. Il est blanc comme la gomme, cassant sous la dent, les plus gros morceaux sont comme une aveline. On l'emploie seulement en médecine".

Romains et grecs  vont donc en faire  grand usage, surtout les riches qui connaissaient déjà comme "sucreries" le miel des abeilles et les confitures faites avec celui-ci.

Quelques siècles plus tard, les arabes envahissent l'Asie, en rapportent la canne à sucre et l'implantent en Egypte, en Palestine, en Syrie, en Afrique du Nord, à Chypre, à Rhodes dans les îles Baléares et en Espagne du sud, avec des résultats variables.

En Europe, le sucre demeure un produit méconnu, une rareté exotique que l'on trouve uniquement à la cour des rois ou chez quelques apothiciares approvisionnés par les caravanes d'Orient.

 

Moyen-Age.

 

Il faut attendre le moyen-âge et les croisades pour que le monde occcidental redécouvre le sucre et établisse un commerce fructueux de cette denrée considérée alors comme une friandise, une épice, un médicament et une monnaie d'échange. Les croisés goûtèrent donc ce sucre venant des Indes par les caravanes de chameaux et l'appelèrent le "sel indien" (!). Bientôt, Alexandrie devint le port principal d'expédition du sucre par le soin de la flotte marchande de Venise. Ce commerce se développa au point de représenter une partie importante de la richesse de Venise au Moyen-Age. 

  

Mais de quel sucre s'agissait-il? En fait, le produit vendu sous l'appellation de "sakar" ou "sakkara" se présentait sous forme de cristaux brun foncé, mal raffinés, pleins d'impuretés dont l'odeur et le goût était pollué par la sueur des chameaux qui l'avaient véhiculé depuis l'Inde ! C'est pourquoi des raffineries furent fondées à Venise et dans l'italie du Nord pour obtenir un produit plus pur et beaucoup plus clair. Ce sucre raffiné fut appelé "sucre blanc", fut considéré comme un médicament et seules les pharmacies furent autorisées à le vendre en quantité très petites, pesées sur des balances de précision! Si le sucre était resté un "médicament" il est probable que la pandémie de diabète ne serait pas aujourd'hui aussi importante !!

Dans le même temps, on essaya d'implanter la culture de la canne à cure en Sicile, à Madère et dans les îles Canaries avec plus ou moins de succès. Elle fut aussi exportée au Brésil dont le climat en permit le développement.

Christophe Colomb, dès son deuxième voyage aux Amériques, installe des plants de canne à sucre venus des Canaries, à St Domingue qui produit son propre sucre dès 1505. L'impulsion est alors donnée : le Mexique, le Brésil, le Pérou, le Chili, le Vénézuéla, la Colombie, l'Equateur, le Paraguay et les Antilles (Martinique et Guadeloupe) produisent leur sucre durant le 16ème et le début du 17ème siècle.  Dans ces dernières, la production du sucre prend, au cours des décennies, une expansion considérable mais engendre aussi (hélas!) le développement de l'esclavage pour assurer la main-d'oeuvre indispensable.

 

17ème, 18ème.

 

Mais en Europe, le sucre reste une vraie rareté au 17 ème siècle au point que chez les riches qui en présentaient sur la table, les sucriers étaient fermés à clé ! A la cour de Louis XIV, le roi-soleil lui-même en possédait la clé et faisait la distribution à ses courtisans et courtisanes.

 

C'est après le siège de Vienne en 1683 (de juilet à septembre)  que l'on prit l'habitude de boire du café sucré en occident. L'histoire mérite d'être contée car elle marque la fin de l'expansion de l'empire ottoman en occident et l'institution d'une pratique qui perdure de nos jours. En effet, le 12 septembre 1683, les troupes turques sont écrasées par la coalition des polonais, des hongrois et des slovaques. Dans le butin se trouve 500 sacs de café. Les prisonniers vont enseigner à leurs vainqueurs comment faire du café bien chaud, très noir, additionné de crème fouettée et de sucre. De plus, un stock de petits pains briochés en forme de croissant (marque inscrite sur le drapeau turc) se trouve également dans le butin.Le café-crème croissant est donc né ce jour-là. 

 

Au 18 ème siècle, on note une nette augmentation de la consommation du sucre qui reste hors de prix pour la majorité de la population. Des recherches furent alors menées pour trouver une plante adaptée aux climats européens, susceptible de produire du sucre. Suite aux pertinentes  observations (1575) d'un grand agronome français du 16 ème siècle, Olivier de Serres, sur le jus de betterave, le chimiste allemand Marggraf essaya le premier, en 1747, d'utiliser la betterave à cette fin. Sa tentative fut conronné de succès mais, d'une part, les betteraves de l'époque ne contenaient que peu de sucre et, d'autre part, le procédé d'extraction était long et pénible. Il faudra encore attendre le sucre bon marché !

 

A la fin du 18 ème siècle, à la veille de la Révolution française, la France est la première place européenne pour le raffinage et le commerce du sucre qui provient des Antilles et est redistribué vers la Hollande, l'Allemagne et la Scandinavie.

 

Mais dès 1789, la Révolution Française paralyse totalement le commerce du sucre français. En 1792, l'Angleterre, en guerre avec la France, utilise sa très puissante flotte de guerre pour paralyser la flotte française de commerce. Le sucre manque. Il est rationné dès 1795.

 

19 ème siècle, Napoléon et la betterave.

 

Napoléon qui prend le pouvoir à la fin de la révolution,  eut alors des démêlés épiques avec toute l'Europe. En 1806  il décrète un Blocus Continental interdisant aux  Anglais tout accès aux ports du continent.

Mais les Antilles sont aux mains des Anglais et leur réponse ne se fait pas attendre : le sucre de canne en provenance de nos colonies, n'arrive plus. C'est la pénurie dans toute les villes d'Europe !

 

Cependant, en 1786, un élève du chimiste allemand Marggraf, Frédéric Achard (fils d'émigré français) a repris les travaux de son maître sur la betterave. Il réussit à mettre au point un procédé efficace d'extraction du sucre qui se développe bientôt en Europe et que Napoléon va encourager. Les progrès sont rapides, les fabriques de sucre se multiplient sur le territoire et les coûts de fabrication baissent. Le 2 janvier 1812, Benjamin Delessert, raffineur à Passy, reçoit la légion d'Honneur des mains de l'Empereur, pour la qualité de son travail.

Cependant, la chute de l'Empire interrompt, pour un temps, l'élan donné à la production de sucre betteravier. En effet le sucre de canne en provenance des Antilles, revient sur le marché puisque les blocus du commerce maritime sont levés. Une rude concurrence s'établit alors entre les producteurs de sucre de canne et les poducteurs de sucre de betterave. Malgré cette rivalité, en 1875, la France est le premier pays européen producteur de sucre de betterave, sa production étant passée en 30 ans, de 75 000 tonnes à 700 000 tonnes par an.

 

Le 20 ème siècle.

 

En 1902, une entente internationale devient nécessaire pour réglementer les productions respectives de canne et de betterave. Puis, la première guerre mondiale (1914-1918) qui se déroule dans les zones d'exploitation de la betterave, porte un coup terrible à la production. Celle-ci repart par la suite et le sucre devient un produit de première nécessité ! il faudra donc au cours du siècle dernier, de nombreux accords internationaux pour réguler la production du sucre dont le besoin croît sans cesse notamment dans les pays en voie de développement.

 

Aujourd'hui.

 

La communauté européenne est très impliquée dans la dynamique de la production sucrière. Elle n'est plus le premier producteur mondial, supplantée en cela par l'Inde, la Chine, la Thaïlande et le Mexique. Mais elle reste un très gros consommateur et un très gros exportateur.

La situation des USA est particulière. En effet, la politique de soutien de prix élevés du sucre/saccharose (betterave et canne) par des taxes a incité les industriels de ces secteurs à remplacer ce sucre par des sirops de Glucose/fructose dérivés du maïs ! Cette pratique est aujourd'hui très contestée par les nutritionnistes qui considèrent que la consommation de ces sirops est une catastrophe et entraîne l'explosion des cas d'obésité et de diabètes !

 

Conclure ?

 

Le sucre raffiné, saccharose ou Glucose/fructose est une "conquête" technique de l'homme. Nos ancêtres directs, les "homos sapiens" n'en ont jamais consommé pendant 300 000 ans ! Ils ne le connaissaient pas...pour leur plus grand bien.

On voit alors le débat de fond qu'ouvre ce constat. Les découvertes et inventions de l'homme ne valent que par l'usage que nous en faisons et, dans le cas d'un usage alimentaire, par l'impact que cet usage a sur notre santé. Faudra-t-il donc, un jour, légiférer sur la consommation (à la baisse) du sucre pour contribuer à juguler les maladies chroniques (diabète et maladies cardio-vasculaires) qu'il engendre? Ce pourrait être une des tâches principales d'un  ministère mondial de la santé.

 

 

Dérnière modification le 21/01/2013 à 19:06:05

Une histoire exemplaire liée à l'évolution du diabète de type 2